Les chiffres de l’emploi des jeunes en France

L’emploi des jeunes pose à la France un problème de société. Les moins de 29 ans occupent trop de temps partiels, ne comptent pas assez de cadres et pour près d’un quart leurs emplois sont aidés. Sur le plan européen, la France se situe dans une médiocre moyenne : elle ne forme pas assez d’apprentis et laisse trop de jeunes arriver sur le marché du travail sans aucune formation. Le grand projet européen « Jeunesse en mouvement » donne des axes : sera-t-il suivi ?

Selon les données du Bureau international du travail (BIT) 46,9 % des jeunes Français âgés de 15 à 29 ans occupaient un emploi en 2009, tandis que 9,5 % d’entre eux étaient au chômage. Rappelons qu’en 1975, dernières années de plein emploi en France, ils étaient 76 % à travailler. D’après la Dares, en octobre 2010 le taux de chômage des 20-24 ans est passé à 22,6 %, et celui des 25-29 ans à 11,7 %, un pourcentage de près de trois points plus élevé que le reste de la population (9,1 %).

Après des années de relative stabilité, la crise de 2008 et la récession qui s’en est suivie ont fragilisé la situation des jeunes.

Ceux qui occupent un emploi ont été davantage frappés qu’auparavant par un chômage technique ainsi que du temps partiel subi. De nombreux jeunes, spécialement des femmes, se trouvent malgré eux en situation de sous-emploi. Curieusement, malgré la récession entamée dès le second semestre 2008, les jeunes n’ont pas pour autant décidé de prolonger leurs études.

Leur durée de scolarisation reste stable, s’établissant en moyenne à 6,1 années que ce soit dans les établissements scolaires et universitaires ou dans les centres de formation des apprentis. Or, contrairement à beaucoup d’idées reçues également responsables de la déscolarisation, le diplôme demeure un rempart efficace contre le chômage. Tout dépend, bien entendu, du diplôme et du secteur d’activité. On le sait, des jeunes diplômés de CAP et de BEP en production s’insèreront en filière mieux et plus vite que certains titulaires de masters en lettres et sciences humaines. Mieux vaut, pour gagner sa vie rapidement, décrocher un BTS en électricité qu’un doctorat en archéologie. Les titulaires d’un BEP de secrétariat ont un taux de chômage moyen de 25 % contre 13 % pour les titulaires d’un CAP ou d’un BEP agricole. Le taux de chômage des titulaires de BTS et de DUT varie entre 3 % et 11 % selon la spécialisation choisie. Evidemment, ceux qui possèdent un diplôme élevé dans un secteur recherché obtiendront les meilleurs résultats. Sur la période 2003- 2009, les titulaires d’un doctorat de santé présentent dix ans après leurs études un taux de chômage moyen de 2 % pour un salaire net mensuel supérieur à 2 500 euros.

Cependant, malgré leurs diplômes, les 15- 29 ans représentent aujourd’hui à peine 1 % des dirigeants d’entreprise et sont sous-représentés parmi les cadres: ils ne comptent qu’environ 10 % des cadres de la fonction publique (cat.A et assimilé), des services administratifs, comptables et financiers, et moins encore (7 % ) des cadres des transports et de la logistique. En revanche, environ la moitié des ouvriers non qualifiés du bâtiment, des employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie-restauration et 39 % des vendeurs sont des jeunes. Paradoxalement, les emplois que l’on dit «pleins d’avenir» , comme les aides à domicile, aides ménagères ou assistantes maternelles n’attirent également que 10 % de jeunes.

La situation la plus difficile est évidemment vécue par les jeunes n’ayant aucun diplôme. Le système scolaire laisse chaque année arriver sur le marché du travail 60 000 jeunes pratiquement illettrés et 150 000 sans diplôme ni qualification. 23 % des non-diplômés sont totalement absents du marché du travail, n’étant même pas inscrits à Pôle emploi. 31 % de ceux qui y figurent sont au chômage. Le salaire de la minorité qui travaille tourne autour de 1 100 euros.

Quant aux jeunes issus des ZUS (zones urbaines sensibles) ils cumulent les difficultés sociales, géographiques et de discrimination du fait de leur origine ou adresse de résidence. Leur taux de chômage atteint le chiffre très élevé de 29,5 % dans les ZUS. Pire, ce chiffre est relativement stable depuis 1995, quelle que soit la conjoncture économique. Plus souvent issus de milieux sociaux défavorisés et en général moins diplômés, ils sont cependant plus souvent au chômage même lorsque leurs diplômes sont comparables, ce qui témoigne de la forte stigmatisation envers les jeunes des quartiers prioritaires.

Devant cette situation, les gouvernements successifs ont mis sur pied des emplois aidés. Ceux-ci, dérogatoires au droit commun, offrent aux employeurs diverses exonérations et aides afin de faciliter l’emploi de certaines catégories de populations comme les seniors, les personnes handicapées, ou encore les jeunes... Leur part parmi les emplois occupés par des jeunes, très élevée, se situe au 31 décembre 2009 à 25,8 %, contre… 3,9 % de Français aidés lorsqu’on étudie l’ensemble de la population en âge de travailler. Un quart des jeunes sont donc « aidés », chiffre stable depuis 1995 et qui prend diverses formes. Après les emplois jeunes, qui ne se transformaient pas en emplois à long terme, l’apprentissage est aujourd’hui au coeur des préoccupations gouvernementales.


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